La terre vernissée désigne une céramique recouverte d’un émail, autrefois à base de plomb, appliqué sur une argile généralement rouge, cuite à basse température (entre 950 et 1050°C). Cette technique simple et ancienne a façonné la vaisselle quotidienne, bien avant l’arrivée des grès et porcelaines industrialisées. Elle allie économie de moyens, efficacité fonctionnelle et richesse décorative.
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Qu’est-ce que la terre vernissée ?
L’intérêt premier de la terre vernissée, historiquement, était pratique : rendre les poteries poreuses imperméables, résistantes à l’eau et plus faciles à nettoyer. Mais ce décor a aussi ouvert des portes esthétiques : les émaux au plomb peuvent être transparents ou teintés à l’aide d’oxydes métalliques — cuivre (vert), fer (brun, jaune), cobalt (bleu), manganèse (violet/noir). Les motifs sont souvent simples : traits, points, peignes, barbotines jetées ou dessins incisés.
Les étapes de la terre vernissée
- Réalisation de la pièce
- Pose de l’engobe
- Décor
- Cuisson du biscuit
- Pose de l’émail, aussi appelé vernis en terre vernissée
La terre vernissée vue par Marie Delafosse

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours vers la céramique ?
Je m’appelle Marie, et j’ai suivi une formation initiale en céramique. Ce n’était pas un rêve d’enfant, je n’avais pas fait de poterie étant petite. Au départ, je voulais faire de l’illustration, donc j’ai obtenu un diplôme dans ce domaine à Paris. Pendant cette formation, j’ai effectué un stage chez Élise Lefèvre, un peu par hasard. Je faisais visiter des ateliers à des collégiens dans le cadre d’un programme de découverte des métiers d’art, et en entrant dans son atelier, je me suis dit : « Ah mais oui, c’est génial, on peut dessiner et en même temps faire des formes. » L’illustration me plaisait, mais c’était un peu trop statique, beaucoup d’ordinateur, de contraintes. J’ai donc bifurqué vers la céramique.
J’ai intégré les Arts Décoratifs de Strasbourg, dans la section céramique, et ensuite, j’ai suivi la formation longue d’un an à l’Institut de Céramique Française (ICF) à Sèvres. Aux Arts Déco, on a beaucoup de temps pour expérimenter, mais peu de technique. À l’ICF, j’ai cherché à acquérir des bases techniques solides, notamment pour les cuissons.
Comment définirais-tu ton style en trois mots ?
Spontané, généreux et brillant. J’aime le côté baroque, le fait que ce soit éclatant, sans chercher la perfection.

Comment as-tu trouvé ton style ?
Ça s’est construit petit à petit. Mon parcours en illustration m’a permis de développer le dessin, de visiter des expositions, de me nourrir visuellement. Ensuite, les stages ont été importants. Pendant ma formation à l’ICF, j’ai fait plusieurs stages, dont un chez Jérôme Galvin. Après un stage de trois semaines, il m’a accueillie dans son atelier pendant un an. Il a joué un rôle important dans le style que j’ai maintenant, un mélange de dessin et de terre vernissée, comme il me l’a appris.
Peux-tu nous parler de ta technique et de la terre vernissée ?
La terre vernissée, c’est de la faïence, donc basse température. J’utilise une faïence rouge, la PF, mais ça pourrait être une autre. Pour les grosses pièces, comme les jarres, j’utilise une terre avec de la grosse chamotte. Pour les pièces plus petites, tournées, une terre rouge lisse.
Je fais des engobes blancs, souvent, et je grave dedans juste après l’engobage, quand c’est encore un peu frais. Pour la couleur, j’utilise des jus d’oxydes ou de colorants, parfois avant le biscuit, parfois après. J’aime le côté aquarelle que ça donne.
Pourquoi utiliser uniquement de la faïence et pas du grès pour cette technique ?
Historiquement, c’est comme ça. La faïence permet d’avoir des couleurs plus éclatantes en basse température. En haute température, certaines couleurs sont plus difficiles à obtenir. Et puis, la faïence coûte moins cher, que ce soit la terre ou la cuisson. C’est une catégorie assez populaire, utilisée dans le monde entier.
Comment travailles-tu tes dessins sur les pièces ?
Je travaille totalement au feeling. J’ai une série de pièces, je commence sur une, ça me donne des idées pour les suivantes. Je ne prépare pas mes dessins à l’avance.
À quoi ressemble une journée ou une semaine de céramiste pour toi ?
J’aime ne pas passer trop de temps sur la même activité. J’ai un petit four de 120 litres, ce qui me permet de faire des petites séries. Je fais un peu de tournage, puis de l’engobage, du colombin quand j’ai des grosses pièces. Je varie entre les différentes activités.
As-tu des contraintes quand tu passes l’engobe pour ensuite décorer ?
Je peux mettre l’engobe sur des pièces sèches, ce qui est important. Mais si je veux graver, il ne faut pas que ce soit trop sec, sinon l’engobe s’effrite. Si une pièce est trop sèche, je la réhumidifie un quart d’heure avant de graver.

Comment vends-tu tes pièces ?
Je suis installée dans un village de potiers, Cliousclat, dans la Drôme. C’est une ancienne fabrique qui a fêté ses 120 ans l’année dernière. Ils font toujours la production traditionnelle du village, en terre vernissée décorée à la poire. Dans ce corps de bâtiment, ils ont créé deux nouveaux ateliers pour accueillir des céramistes indépendants. Je loue un de ces ateliers. Il y a une boutique commune où je vends mes pièces toute l’année. Je complète avec des marchés, comme les Tupiniers à Lyon ou Saint-Sulpice à Paris, et des expositions. En général, je fais un ou deux événements par an. Je ne vends plus trop sur internet, car je n’ai jamais assez de stock, et ça demande beaucoup de temps et de logistique.
Vis-tu de la céramique aujourd’hui ?
Oui, même si ce n’est pas royal. Il m’a fallu environ trois ans pour être complètement autonome. L’installation dans le village et la boutique ont rendu cela viable.
Le choix de la terre vernissée, une niche dans la céramique, t’a-t-il aidée ou desservie ?
Je pense que ça m’a aidée. Au début, Jérôme Galvin m’a beaucoup appris et m’a permis d’exposer dans plusieurs endroits. Et puis, c’est grâce à ce choix que j’ai trouvé cet atelier.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la terre vernissée ?
Je dirais d’aller fouiller dans les livres sur les pièces anciennes en terre vernissée. Il y a des formes amusantes, des décors racontant des histoires. On peut s’en inspirer. Ensuite, de ne pas trop réfléchir et d’être dans le faire, d’y aller sans trop regarder en arrière. Et enfin, d’aller voir les gens qui font de la terre vernissée, dans leurs ateliers ou sur les marchés, pour discuter.
Peux-tu citer des céramistes qui t’inspirent ?
Jérôme Galvin, bien sûr. En ce moment, je regarde beaucoup le travail de Marie Talbot, une céramiste de La Borne du 19e siècle. Elle faisait des bouteilles aux formes féminines. J’aimerais bien en refaire, faire ma version de ces pièces. Je suis aussi très branchée sur la poterie mexicaine en ce moment, notamment les arbres de vie. La poterie populaire mexicaine est hyper riche.
Voir l’interview de Marie Delafosse sur la Terre Vernissée
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Jérôme Galvin

Neville Tatham

La terre vernissée n’est pas un décor mineur ni une poterie pauvre. C’est une réponse ingénieuse à des contraintes techniques, sociales et économiques. Et son esthétique — sobre, colorée, vibrante — continue d’inspirer des générations de céramistes, qu’ils travaillent à la main ou au tour, en solitaire ou en collectif !



