Interview d’Emilie Coquil – Les Néo-céramistes

Dans cette interview, je te présente une consœur potière blogueuse, Emilie Coquil. Elle a créé le blog des Néo-céramistes, un blog passionnant pour tous les céramistes débutants ou amateurs.

Emilie Coquil
  • Quel est ton parcours ? A quel âge t’es-tu lancée dans la poterie ? Qu’est ce qui t’a donné l’envie de pratiquer la céramique ?

Mon parcours n’a pas été linéaire. J’ai quitté la France pour m’installer au Québec il y a une dizaine d’année et réaliser mon rêve: devenir une artiste professionnelle. Formée aux nouvelles technologies et à la communication visuelle, je me suis impliquée dans beaucoup de projets culturels et artistiques. Mais mon amour des arts devait s’incarner dans la matière.

  • Comment t’es-tu formée ? Autodidacte ? École de poterie ?

J’ai découvert le plaisir de la terre à Vanves, avec Evelyne Henrard, qui a une approche très intuitive, influencée par ses études d’art et sa propre enfance. Elle a en effet grandi “au milieu de nulle part” au Congo, dans les grands paysages africains toujours entourés de nature et de brousse. 

Mon apprentissage a repris à Montréal à l’Université Concordia. Je dois beaucoup à mon professeur Jean-Pierre Larocque qui a longtemps enseigné en Asie et aux États-Unis. Il savait nous pousser à faire des pièces audacieuses et contemporaines en puisant dans les 30.000 ans d’histoire de la céramique qui nous précède.

J’ai décidé de suivre une formation plus technique au Centre de céramique Bonsecours : 2 années qui m’ont appris les gestes rigoureux du potier avec des cours de façonnage, de tournage, de technologie céramique (les glaçures, et tout ce qui touche au décor) et moulage avec des cuissons électriques, au gaz et au raku. 

Ayant davantage envie de développer un corpus artistique plutôt qu’une production, je suis retournée avec ce bagage approfondir la sculpture et l’impression sur céramique à Concordia

Je pense que ces formations se sont véritablement complétées et me donnent la latitude dont j’ai besoin dans mon travail ! Bien sûr j’ai encore beaucoup à apprendre, le savoir est infini !! Le plaisir avec la terre aussi ! 

  • Pourquoi ce nom de Néo-céramistes ?

J’ai nommé mon blog les néo-céramistes, à l’instar des néo-artisans. Aujourd’hui les parcours professionnels ne sont plus linéaires, un céramiste peut avoir plusieurs cordes à son arc. Artiste, potier, sculpteur, peintre-décorateur, graphiste, illustrateur, artisan, bijoutier, entrepreneur, enseignant, professionnel en reconversion !

  • Quelle technique de céramique utilises-tu dans ta production ?

Dans tout ce que j’ai appris, ce sont les techniques d’impression sur argile qui m’ont le plus fascinée ainsi que les glaçures à effet qui ont ce pouvoir de véritablement transformer une pièce nue. 

J’utilise principalement la porcelaine pour sa blancheur, même si elle n’est pas la plus facile à manipuler. Je me suis adaptée à certaines de ses contraintes, je l’ai apprivoisée en somme ! 
J’aime aussi façonner des bols, des plats, des vases, et des bijoux. C’est une vraie occasion de jouer avec les couleurs et les glaçures texturées que j’applique au pinceau. Cela me ramène à mon enfance où je pratiquais l’aquarelle. Il y a plein de recettes sur Internet et de livres que l’on peut se réapproprier. J’aime bien le site glazy.org (en anglais) et Pinterest est un bon outil aussi.

  • Quelle est ta technique décorative de prédilection ?

J’utilise beaucoup l’impression en lithographie. Ma première réaction fut très critique : c’est très salissant, complexe et aléatoire ! Mais j’ai été de plus en plus fascinée par le résultat visuel proche du dessin et je me suis accrochée. On peut retrouver ces pièces sur mon site anitchacreation.com 

  • Quel modèle utilises-tu pour vendre tes pièces ?

Je pense que j’ai fait toutes les erreurs possibles !! Vendre son travail est bien plus difficile que de vendre celui du voisin !! Mais j’ai beaucoup appris comme cela. J’ai mis en place une boutique en ligne sur mon site, car cela me semble essentiel de pouvoir vendre ses produits directement et garder ainsi une autonomie sur son travail. Étant graphiste, j’ai eu cette chance créer mon site moi-même. Pourtant avec les nouveaux outils actuels c’est de plus en plus accessible à toutes et tous. 

Pour autant je ne boude pas les plateformes de vente comme Etsy, il en existe des Made in France très prometteuses également comme Empreintes. Il est important de s’informer car ces plateformes évoluent vite. Mon conseil : faire des choix plutôt que de vouloir les essayer toutes, au risque de s’y perdre. Etsy m’a aidé à comprendre les taxes de vente, les frais d’envoi, à trouver des astuces d’emballages produits, etc. Toute la logistique de vente qu’on ignore totalement au départ !

  • Quel(le) céramiste te laisse bouche bée ?

Il y a beaucoup de céramistes que j’aime, dans des domaines d’expertises très différents. C’est sûr que le travail de mon professeur Jean-Pierre Larocque reste ma référence : aussi parce qu’il ne s’est pas cantonné à un art et balance très bien l’art visuel et la sculpture.
Sinon je ne suis pas trop les tendances, ce sont vraiment les artistes qui travaillent avec des effets de surfaces, ou de texture qui peuvent me laisser sans voix. Comme le travail de Miyashita Zenji ou de Shozo Michikawa. J’avoue que cela m’amène souvent au Japon ! 

  • As-tu un conseil pour les céramistes voulant se rendre visibles ?

Ce qui a fait véritablement la différence pour moi c’est de développer mon blog. J’ai compris comment parler de mon univers sans pour autant “me vendre”. C’est un véritable leitmotiv pour moi d’être en contact avec les gens et de partager des idées autour de l’argile. De plus, j’ai acquis comme cela des connaissances pour bien référencer mon site. C’est je crois, indispensable pour se faire connaître aujourd’hui. 

Les réseaux sociaux sont utiles et pour une partie des céramistes, cela peut être un vrai tremplin, je pense notamment à Instagram. Mais on peut y être allergique ! 

Je crois qu’il vaut donc mieux communiquer avec des outils qui nous plaisent au départ pour faire passer un message sincère et être persévérant.
Finalement il est important d’être actif dans son milieu, enseigner, répondre à des appels d’offres, postuler à des marchés d’artisans ou de designers, etc. La plupart des demandes se font maintenant en ligne assez facilement. Cela m’a permis de trouver une galerie notamment. Il y a toujours du bon qui en ressort !

Encore merci à Emilie pour sa collaboration! Si cette interview t’a plu, consulte les 2 premières interviews. La première te permettra de découvrir le céramiste Jean Marc Fondimare qui travaille le coulage avec une grande finesse de décors. La seconde interview te présente Charlotte Talbot de super-ceramics et son univers de modelage très coloré! Les liens sont juste en dessous.

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