Ici, j’explore un thème qui fait rêver plus d’un céramiste, amateur ou pro : créer un lieu ouvert au public, où partager sa passion pour la terre et les mains dans la matière. Ces lieux existent, chaleureux, vivants, créatifs , et j’ai le plaisir de reporter le parcours de plusieurs entrepreneuses qui ont osé franchir le pas et ouvrir leur propre café céramique.
Comment ça fonctionne ? Par où commencer ? Quels obstacles, quelles joies, quelles difficultés ? Un échange riche d’expériences, de conseils et d’inspiration, pour toutes celles et ceux qui y pensent, en secret ou déjà à voix haute.
Café céramique à Lorient : le café Ancrage
Nous commençons cet article par le parcours de Juliette et Cécile. Elle ont créé un premier atelier de céramique, l’Atelier Ancrage. Elles ont maintenant créé le Café Ancrage, un café céramique sur Lorient.

Vous avez commencé par un studio céramique, et maintenant un café céramique. Pourquoi cette évolution ?
Chaque année, on se lance un nouveau défi. Après notre studio, on a voulu créer un lieu différent. Le café céramique, c’est une nouvelle aventure, une nouvelle expérience. Il y a toujours un truc à faire, donc faut s’accrocher !
Quelle est la différence entre un atelier de poterie et un café céramique ?
L’atelier, c’est un lieu d’apprentissage, un espace pour apprendre un métier d’art, avec une approche sur le long terme. Tandis que le café céramique, c’est un loisir en one-shot : on vient, on décore une pièce, et on passe un bon moment. C’est une expérience plus ponctuelle, accessible à tous.
Pourquoi avoir intégré un espace restauration ?

Comme c’est un loisir créatif, on trouvait naturel de l’associer à une pause café ou goûter. On avait aussi testé des cafés céramiques ailleurs et on aimait beaucoup le côté salon. Nous travaillons avec un super torréfacteur à Lorient, le Café d’Orient, qui nous a formées. On voulait connaître les bases du métier, savoir ce qu’est un bon cappuccino, un flat white, etc. Pour les gâteaux, on travaille avec une cuisinière locale, Elodie de Bergamote.
Comment gérez-vous le lieu au quotidien ?
Nous, on reste plutôt à l’atelier. C’est Luc qui est le gestionnaire du café. Il est là tous les jours, nous on vient ponctuellement, surtout pendant les vacances ou les samedis. Il s’est vraiment approprié l’espace.
Quelles sont les compétences nécessaires pour gérer un café céramique ?
L’accueil des gens est primordial. Il faut aimer les gens, avoir du goût pour guider les clients dans leurs créations, et créer une ambiance chaleureuse. C’est vraiment un métier d’hospitalité avant tout.
Comment gérez-vous l’aspect « céramique + nourriture » ?
Les pièces sont déjà biscuitées, donc prêtes à être peintes, sans besoin de ponçage. Les engobes (ou peintures) sont non toxiques et prêtes à l’emploi, donc utilisables même par les enfants. Il n’y a pas de risque de contamination alimentaire.
Proposez-vous des inspirations aux clients ?

Oui, on a créé des petits carnets d’inspiration disponibles dans le café. En début de séance, on fait un brief d’environ 15-20 minutes pour présenter les techniques possibles. On a aussi fabriqué des pots pour les pinceaux qui montrent les différentes méthodes de décoration.
Qui s’occupe de l’émaillage des pièces ?
C’est Luc, et aussi Loezia, notre intervenante à l’atelier. En général, Loezia passe le lundi matin, après les grosses journées du week-end, et Luc complète le reste de la semaine.
En combien de temps les clients récupèrent-ils leurs pièces ?
On était partis sur une semaine, puis 10 jours, et maintenant on est à 15 jours. On a dû acheter un deuxième four, car on a beaucoup plus de monde que prévu. Certains attendent même jusqu’à un mois, mais c’est généralement bien compris.
Est-ce que vous expédiez les pièces ?
Non, pas pour l’instant. Les clients viennent récupérer sur place ou demandent à un proche. La céramique, c’est fragile, donc on préfère éviter les envois postaux.
Quelle contenance ont vos fours et pourquoi ce choix ?
On a un four tonneau Pyrotec de 130 litres. C’est une taille suffisante, surtout pour jongler entre plusieurs fournées sans devoir tout accumuler. Un plus grand four aurait nécessité plus d’espace et plus de budget.
Comment avez-vous choisi les pièces à proposer ?
On a commencé avec 30-40 références, puis on est vite montées à plus de 80. On est en phase de test : on regarde ce qui plaît, ce qui est facile à décorer, ce qui rentre bien dans le four, etc. Il faut trouver un équilibre entre diversité et praticité.
Qui est votre fournisseur de pièces pour le café céramique ?
On passe par une entreprise autrichienne. On choisit nos pièces sur catalogue. Certaines viennent aussi d’Italie ou de Chine. Ce n’est pas toujours l’idéal, mais c’est la réalité du marché actuel. Vous avez aussi une petite entreprise française, l’entreprise Bruzzisi.
Comment avez-vous aménagé votre café céramique ?
On a fait appel à une architecte d’intérieur. On a une quinzaine de tables pour 30 places assises. L’aménagement a été pensé pour répartir les pôles (décor, outillage, etc.) et optimiser l’espace, le tout en trois mois à peine.
Combien de personnes devez-vous accueillir pour que le café soit rentable ?

Environ 80 personnes par semaine, réparties sur différents créneaux. Pour l’instant, c’est en développement, mais on sent que la fréquentation est croissante, donc on est confiantes.
L’investissement a-t-il été plus important que pour l’atelier ?
Pas forcément. Les investissements sont différents : pour un atelier, il faut des tours ; pour un café, c’est plutôt les meubles, les fours, l’agencement. On a fait le même type de prêt pour les deux projets.
Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?
Le sol ! On avait fait un choix économique qui n’a pas tenu. On doit le refaire. C’est la leçon : quand ce n’est pas notre métier, il vaut mieux déléguer à des pros.
Est-ce que vous continuez à gérer l’atelier en parallèle ?
Oui, on continue les deux. On garde l’atelier pour les cours de poterie et le café pour les initiations plus accessibles.
Vous utilisez uniquement de la faïence ?
Oui, la faïence permet de faire ressortir les couleurs, nécessite une température de cuisson plus basse (donc économique), et les résultats sont très jolis.
Est-ce difficile de gérer l’émaillage de la faïence par rapport au grès ?
Au début, oui. Il faut faire confiance aux produits, aux fournisseurs. La faïence est plus fragile, mais adaptée pour ce type d’activité. On fabrique aussi quelques pièces nous-mêmes, mais on n’a que quatre mains.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer ?
Ne pas trop tarder, ça se développe très vite. Travailler beaucoup avant l’ouverture, déléguer à des pros, aimer les gens. Ce n’est pas le même métier que céramiste, mais c’est tout aussi agréable. Et ça apporte une belle énergie, comme dans un resto : ça bouge, les gens sont contents, et on est portés par leur enthousiasme.
Où se trouve votre café céramique ?
À Lorient, en Bretagne, la plus belle région du monde !
Café céramique Les Faiseurs à Montréal

Les Faiseurs est le projet de Sarah Saint-Arnaud. Sarah vit à Montréal. Elle décide de marier sa passion et son désir d’entreprendre en montant un café-atelier. Chez Les Faiseurs, on prend un café ou on mange un bout en admirant des créations de céramistes. Et si l’envie nous prend, on peut suivre des cours de modelage ou de tournage, les formules ne manquent pas ! Le lieu est ouvert et lumineux, au cœur du quartier de la Petite Italie.
La formation Modelage de l’Atelier du Bol a d’ailleurs été tournée chez les Faiseurs avec la céramiste Goye.
Café céramique La Papoterie à Paris

La Papoterie, c’est avant tout 2 papoteuses : Laura et Coline. En 2016, Laura ouvre un atelier de céramiste à Paris. Coline la rejoint pour l’aider et prend goût au travail de l’argile. Inspirées par les cafés céramiques canadiens, les deux jeunes femmes se lancent dans la création du café céramique fin 2019. Dans un univers coloré et inspirant, tout un chacun peut laisser libre cours à son imagination en décorant des pièces de toutes sortes. Un concept génial pour démocratiser la céramique !
J’espère que cet article t’aura donné l’envie d’aller tester un des nombreux cafés céramique. Je te souhaite une bonne découverte !
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