De la fascination pour la matière brute à une pratique artisanale profondément ancrée dans la nature, Perrine Pottiez a fait le choix de l’argile collectée. Un chemin exigeant mais passionnant, qui redonne du sens au geste créatif.
Nous avions écris il y a quelques années un premier article sur ce sujet, je t’invite à le consulter ici.
Un parcours vers la céramique hors norme
Depuis toujours, Perrine Pottiez bricole, peint, dessine. « Petite, je voulais être artiste peintre », raconte-t-elle. Mais la vie en a décidé autrement. Des études contrariées, une famille fondée très jeune… Pourtant, elle ne cesse jamais de créer.
C’est lors de cercles de méditation qu’elle découvre la céramique. « Une femme céramiste préparait ces rencontres. On buvait dans ses bols et j’ai été fascinée par le geste, la symbolique. » Elle commence alors à prendre des cours, avant de s’installer chez elle. L’achat d’un four marque un tournant. « Je me suis dit qu’il fallait que je produise plus, sans prétention, juste pour rentabiliser l’investissement. » Mais rapidement, la passion l’emporte.
Le lien avec la préhistoire et l’argile collectée

Attirée par la préhistoire, elle s’intéresse aux objets du passé, à leur simplicité, à leur force symbolique. Très vite, elle se lance dans la collecte d’argile. « Je voulais comprendre la matière dans son intégralité, du sol à l’objet final. »
Ses premières récoltes sont presque accidentelles. Lors d’une visite d’un site paléontologique en Charente, elle récupère une argile mêlée à des bois fossilisés. « C’était magique, mais pas adapté à ma pratique. » Elle poursuit alors ses recherches, s’appuie sur des cartes géologiques et affine ses tests.
En explorant les compositions des terres locales, elle découvre un lien intime entre la chimie des sols et les techniques de cuisson. Certaines argiles se vitrifiant à basse température, d’autres nécessitant des apports pour améliorer leur plasticité. « Chaque nouvelle terre est une énigme, un dialogue à établir. »
L’argile collectée : une pratique exigeante et physique
La récolte d’argile est un travail laborieux. Une à deux fois par an, elle part avec son sac à dos, sa pelle et sa pioche. « C’est épuisant, surtout seule. J’ai déjà eu des tendinites, mal au dos… » Une fois l’argile ramenée, elle entame un long processus :
- Séchage pour retirer les impuretés grossières
- Concassage en fragments plus petits
- Tamisage pour homogénéiser la granulométrie
- Décantation pour purifier l’argile
- Malaxage pour lui donner sa consistance finale
Un rituel précis qui lui permet d’obtenir une terre unique, adaptée à son travail.
Elle choisit aussi de cuire à basse température. « Avant, je montais à 1300°C, mais mes pièces se déformaient trop. Aujourd’hui, je pratique la sigillée. C’est plus écologique et ça correspond mieux à mon esthétique. »
L’engobe sigillée, cette fine couche d’argile décantée et appliquée sur la pièce avant cuisson, lui permet de jouer avec les effets de surface et d’obtenir des rendus satinés sans émaillage.
Les contraintes et les doutes

Son approche pose des questions réglementaires. Les normes imposent des tests pour garantir la sécurité alimentaire des objets, un coût difficile à assumer pour une artisane indépendante. « Chaque pièce testée coûte environ 150 €, et elle est détruite. Impossible pour moi de suivre ce modèle. »
Autre problème : la législation sur la collecte d’argile. « Même sur un terrain privé, on ne peut pas forcément vendre des objets réalisés avec l’argile récoltée. » Une réalité qui l’inquiète, mais ne l’arrête pas. « Si je devais changer, j’achèterais des terres françaises peu transformées, mais pour l’instant, je continue. »
À cela s’ajoute l’incertitude des résultats. Travailler avec une terre brute signifie accepter des variations de texture, de teinte et de réaction à la cuisson. « Parfois, une argile qui semblait parfaite se fissure, d’autres fois, elle révèle des surprises incroyables. Il faut une grande humilité. »
Trois conseils pour se lancer dans l‘argile collectée
1. Chercher les anciens sites de poterie
Les noms de lieux en rapport avec la céramique (rue des Potiers, ancienne carrière) sont souvent de bons indicateurs. Explorer l’histoire locale permet de retrouver des terres traditionnellement utilisées par les potiers.
2. Observer la nature
Les bords de rivières, les carrières abandonnées ou les chantiers sont des lieux propices à la découverte d’argile. La couleur du sol, la texture humide et la plasticité au toucher sont des indices précieux.
3. Oser expérimenter
« La poterie, c’est une suite d’échecs et d’apprentissages. Il faut essayer, rater, recommencer. » Tester une terre en façonnant une simple boule et en la laissant sécher révèle déjà beaucoup sur son comportement. Une cuisson test à basse température permet ensuite d’observer ses réactions.
Voir l’interview sur l’argile collectée
À travers cette démarche intuitive et engagée, elle redonne du sens au geste céramique. Une façon d’être en accord avec la matière, la nature et le temps. Travailler avec une argile brute, c’est renouer avec une forme d’artisanat ancestral, où chaque étape – de l’extraction à la cuisson – est empreinte de respect et d’attention.
« J’ai l’impression de ne plus simplement « fabriquer », mais de participer à quelque chose de plus grand, un cycle qui existait bien avant moi et qui continuera après. » Un engagement qui fait écho à une quête de simplicité et d’authenticité, loin des standards industriels



